Une soirée réussie Nous étions environ 70 hier soir pour applaudir l'ensemble "Cor de Lus" interprétant les magnifiques chants polyphoniques occitans venant de la nuit des temps. Le public était enchanté par la pureté et la justesse de leurs voix. La soirée a été précédée d'un sympathique petit buffet succédant aux interventions de Jean-Paul Motte et Thierry Laigle sur la langue provençale et le destin hors du commun de deux émigrés provençaux partis les siècles passés tenter leur chance en Amérique ! Vous retrouverez bientôt ici la captation des plus beaux moments de cette soirée. Retrouvez ci-dessous le compte-rendu complet de la soirée et diverses captations audios et vidéos.
Samedi 6 décembre à partir de 17 heures, la Fruitière numérique de Lourmarin a retenti des accents de la langue provençale, et ce jusque tard dans la soirée. La langue, la littérature, l’histoire et le chant choral ont tour à tour rendu vivant le patrimoine linguistique de la Provence.
Jean-Paul Motte, auteur de nombreux ouvrages écrits directement en provençal et édité ensuite en bilingue, a devant une assistance attentive dénoncé le « massacre » historique des langues occitanes depuis François Ier et l’édit de Villers-Cotterêts. Il a fustigé la politique d’unification de la langue par la monarchie, puis les diverses républiques, avant que le français lui-même ne soit effacé par le « globish anglo-américain » diffusé par les médias de masse planétaire contemporains. En retraçant le développement des langues occitanes depuis la conquête romaine, il a montré que ces langues et les cultures afférentes ont recouvert pendant près de deux mille ans environ 200 000 km2, soit près du tiers de la superficie de la France, d’est en ouest, du pays nissard et des vallées piémontaises à l’océan, et du sud au nord, des rives de la Méditerranée à une ligne Poitiers, Clermont-Ferrand- Montélimar. C’est dans cet espace très divers que les langues d’oc ont été parlées par les Français jusque dans les années cinquante. La diversité linguistique est une richesse en péril et le combat de Jean-Paul Motte et de ses amis n’est pas vain.
Jean-Paul Motte offrit un exemple de littérature en langue d’oc en lisant un extrait d’une œuvre de Henri Bosco, auteur provençal de référence s’il en est, et de plus lourmarinois de cœur. Toute la faconde méridionale transparaît dans ce récit campagnard mettant en scène le chien Barboche (voir pièce jointe). Enfin, il acheva son intervention en racontant la rencontre inattendue qu’il fit en Californie, il y a quarante ans, d’un autre Motte, émigré aux États-Unis dès treize ans, originaire de la vallée du Champsaur, devenu berger puis propriétaire terrien près de Los Angeles. Au crépuscule de son existence, Zène (diminutif d’Eugène), retrouva l’espace de deux jours d’échanges intensifs et émouvants l’usage de sa langue d’outre-Atlantique, le provençal des montagnes alpines, et en Jean-Paul Motte un lointain cousin !
Notre ami Thierry Laigle prit ensuite la parole pour raconter l’histoire d’émigration d’un Lourmarinois, Denis Julien, auteur d’un poème resté inédit du temps de son existence, publié par son fils qui le trouva à sa mort. Ce poème en provençal, même s’il montre des signes d’une langue appauvrie par l’exil, témoigne d’un attachement au pays natal au soir d’une vie sociale et professionnelle à succès (après des années à parcourir les mers du monde, il réussit à diriger un grand hôtel new-yorkais, qu’il baptisa de son prénom, le St. Denis (détruit au début du XXe siècle). Cette branche des Julien connut une descendance « à l’américaine », symbole du «land of opportunities » qu’il devint au fil des années pour nombre d’exilés. Cette histoire fera l’objet d’une publication et d’un article que nous publierons en partie sur le site avant d’y consacré une publication complète dans un numéro de nos futures publications.
C’est ainsi que se termina la première partie de notre soirée provençale. Le public a pu s’adresser aux auteurs ou regarder les objets présentés en vitrine : les quatre tomes d’une Histoire de Provence, en français, de l’abbé Papon édité en 1784 (apporté par J.-P. Motte), le manuscrit autographe du Dictionnaire franco-provençal, de Camille Moirenc ainsi que sa publication moderne (confiée par notre amie Claudine Moirenc) et enfin un exemplaire manuscrit de la Julienno Provençalo, de Denis Julien, envoyée à la Mairie de Lourmarin en janvier 1865). Ce précieux document, aimablement prêté par Ophélie de Chassey contient le courrier d’époque de Denis Julien, mais est expurgée de sa partie finale Églogue de Pierrouret, présente dans l’édition publiée par son fils en 1910.
Après un entracte consacré aux vertus de la conversation amicale, accompagné de boissons et d’en-cas, à 20 heures, le public prit place pour écouter les Polyphonies occitanes des cinq chanteurs du chœur Cor de Lus. Invité pour la deuxième fois par Lourmarin, Culture et Patrimoine, les amis de Vincent Cladère ont une nouvelle fois ravi les auditeurs avec un programme équilibré de chants profanes, dont le remarquable air dédié à la Liberté, et de chants célébrant la Nativité. Douze chants mêlant tradition et modernité, comme à leur habitude, s’achevant sous les applaudissements de tous et toutes.
Auparavant, au début de la manifestation, Serge Cosseron a demandé à l’assistance d’exprimer par d’autres applaudissements nos pensées au décès récent de notre trésorière, Geneviève Louis, qui fut une de nos premières adhérentes et qui a beaucoup fait pour que Lourmarin, Culture et Patrimoine connaisse le développement qu’elle a connu depuis ces trois années d’existence.





