En rejoignant l’association Lourmarin Culture & Patrimoine, vous contribuez directement à la préservation du patrimoine matériel et immatériel de la commune, tout en soutenant une dynamique culturelle ouverte et vivante.
L’adhésion est ouverte à toutes et à tous, sans condition d’âge ou de résidence.
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Cette histoire a dépendu également de la géologie et de la géographie locales, des choix des hommes et des femmes d’occuper un espace, d’y trouver facilement ou non de l’eau potable, d’y creuser des puits ou des fossés afin d’irriguer des champs et des réservoirs pour voir au-delà des jours de besoin pour anticiper l’avenir. En voici quelques témoignages.
Dans la transaction signée en 1523 entre la Dame de Lourmarin (Louise d’Ajout, duchesse de Lesdiguières) la seigneurie et la communauté de Lourmarin (plus de 70 chefs de famille), l’usage de l’eau est réglementé dans l’article 41 – l’article le plus long d’un document qui en compte 64.
«Règlement des eaux qui servent pour l’arrosage des prés des habitants :
Item ont transigé, convenu et accordé, que dorénavant, qu’en temps advenir et perpétuellement, ladite magnifique dame et ses successeurs susdits, Pour arroser leurs prés qu’ils ont audit lieu de Lourmarin ayant et puissent prendre de leur propre autorité l’eau de laquelle ils ont accoutumé d’arroser leurs prés, et s’est toutes les semaines, et depuis le lundi matin à l’aube jusques à mardi suivant au soleil couchant inclusivement, durant lequel temps ne sera permis auxdits hommes de Lourmarin et leurs successeurs de divertir ou jeter ladite eau ni empêcher l’arrosage sur la peine de chacun qui la divertira pour chasque fois de six sols de monnaie courant applicable à ladite magnifique dame ou à ses successeurs susdits.
Mais aux autres jours, temps et heures, lesdits hommes de Lourmarin ou leurs successeurs pourront prendre ladite eau de leur propre autorité sans aucune contradiction pour en arroser leurs prés, sans préjudice toutefois du moulin de magnifique dame et de ses successeurs. »
Cela signifiait que le seigneur se réservait le droit d’utiliser l’eau de manière exclusive durant deux jours depuis le lever du soleil le lundi jusqu’au coucher du soleil le mardi suivant. Les habitants de Lourmarin disposeront de l’eau les cinq autres jours, à condition toutefois que leur consommation n’empêche pas le fonctionnement du moulin de la seigneurie (en particulier le Petit Moulin).
Un siècle plus tard, Lourmarin se dote d’une fontaine monumentale. C’est celle de la place de la Fontaine, installée au XVIIe, remaniée au XVIIIe siècle, elle trône au milieu de l’actuel centre. C’est la fontaine la plus basse du village, la plus grande et la plus belle, dont les canalisations ont souvent souffert et donné lieu à des conflits entre la communauté et le seigneur sous l’Ancien régime.
Au cours du XIXe siècle, le village se dote d’autres fontaines publiques, deux en haut du village, une place de l’Église et une autre non loin, rue Sarret. Elles servent à la distribution de l’eau aux habitants, qui disposent aussi de deux lavoirs,
celui de la Fontaine couverte (1761) et celui plus récent de la Calade, à la place du cimetière catholique.
L’eau qui coule dans l’Aygue-Brun est également un enjeu pour la commune voisine de Puyvert. Ainsi, en 1864, le syndicat des pépiniéristes puyverdans demande à la municipalité de Lourmarin de faire une galerie aux limites de Puyvert et Lourmarin à un lieu-dit, le mauvais Parroi.
Sur le compte-rendu du conseil municipal de Lourmarin du 6 mars 1864, on peut lire :
M. Le Maire donne lecture au Conseil municipal d’une demande formée par Mr le Directeur du syndicat des Pépinières de Puyvert tendant à obtenir l’autorisation de faire faire une galerie ayant une longueur de 40 mètres, une hauteur de 1 mètre 60 centimètres et une largeur de 60 centimètres dans la carraire entre Puyvert et Lourmarin, au point dit le mauvais Parroi, afin de mieux utiliser les eaux du torrent de l’Aiguebrun et surtout de ramasser les eaux des sources qui se perdent dans le rocher longeant le fossé situé au dit mauvais Parroi.
Après la lecture de la demande de ci-dessus, le Conseil … délibère qu’il n’est pas de l’avis de prendre cette demande en considération sans qu’au préalable une enquête ait été ouverte sur cette demande et vu aussi que le syndicat des Pépinières pourrait au moyen d’une gondole appuyée contre le rocher longeant la carrare ci-dessus indiquée faire moins de dépense et ne grèverait pas le fonds communal de Lourmarin.
Pendant des siècles, les Lourmarinois, en multipliant les systèmes de canalisations et de fossés, de puits et de fontaines, de mines et de réservoirs ont établi un ensemble complexe dont certains éléments datent de la «colonisation romaine» (l’établissement de villas sur des domaines étendues dont on retrouve les traces à Lauris, Puget, Puyvert, Ansouis, Villelaure, Cucuron, etc).
Mais ce n’est qu’en 1947 que l’eau de ville s’est invitée dans le centre du village, comme l’atteste la reproduction du système d’adduction d’eau établi suite à l’initiative du maire de l’époque Raoul Dautry (1945-1951).
L’attention portée aux besoins en eau ne date pas de la période du réchauffement climatique décrite par les climatologues, les diverses disciplines scientifiques et les défenseurs de l’environnement. Dès le début des années 1970, alors que les effets de la politique de développement touristique de la région produisait ses premiers effets, la conscience des enjeux futurs poussait la municipalité de Lourmarin à s’interroger sur la nécessité de procédé au creusement d’un nouveau forage.
Ainsi lors de la séance du 14 janvier 1971, le conseil municipal (maire : Henri Barthélemy) rappelait :
les projets de forage d’un puits non loin des réservoirs d’eau potable, ce qui permettrait d’assurer l’alimentation complémentaire en eau potable aux habitants du village, en cas de grande sécheresse ou de baisse de la source du Couturas (l’eau étant pompée et refoulée dans les réservoirs actuels).
Il rappelait alors également la possibilité… de secourir les communes voisines en cas de pollution de la Durance par le réseau absolument autonome de Lourmarin.
Lourmarin, bien que bénéficiant de ressources en eau importantes, vu le réchauffement climatique, se doit de réagir contre le gaspillage de l’eau et maîtriser la consommation en s’attaquant aux causes de surexploitation des eaux naturelles à travers le surtourisme.
Prochainement sur le site de Lourmarin, Culture et Patrimoine, vous pourrez en consultant dans le menu « Patrimoine » l’onglet «L’eau à Lourmarin» les documents indiqués dans ces pages, mais aussi des documents anciens relatifs à la gestion de l’eau par les Lourmarinois au cours des siècles comme par exemple
• Le prix fait donné à deux maçons pour accommoder une prise d’eau au-dessous de la colline de la Colette en 1708;
• La liste des propriétaires de l’association gérant les travaux du pradier (1715)
• Le compte-rendu de l’assemblée des propriétaires des prés (1716).
• Plusieurs documents juridiques traitant l’affaire opposant le sieur Antoine Ailhaud à celle-ci dans l’usage « de l’eau qui sort du Petit Moulin » (1755).
• Des extraits des procès-verbaux des conseils communaux depuis la Révolution consacrés aux travaux et à la gestion de l’eau.
• Etc, etc
En région méditerranéenne comme l’est la Provence, la présence de l’eau est une condition indispensable au développement des activités humaines. Bien que la pluviosité atmosphérique soit faible en comparaison d’autres régions, l’eau est bien présente à Lourmarin, grâce au Luberon qui joue le rôle de château d’eau.
Lourmarin est située sur le flanc Sud de la montagne où un accident géologique a mis en contact les terrains les plus anciens du Luberon, datant de l’ère secondaire, avec ceux plus récents des plans de Lourmarin (Hautes et Basses Prairies), d’âge tertiaire.
Depuis l’époque romaine jusqu’au XVIIIe siècle, les communautés rurales s’approvisionnaient en eau en récupérant et en stockant dans des réservoirs les eaux de ruissellement (à l’air libre), ou en captant des sources situées sur le piémont du Luberon conduites par canalisation vers l’aval pour alimenter les fontaines, lavoirs, réservoirs et autres points d’eau. On creusait également dans le « safre », cette roche aquifère que l’on trouve dans tous les escarpements rocheux près du village.
Dans la campagne, une part importante des propriétés conserve la présence de mines (ces puits horizontaux si caractéristiques de la Provence) et à des bassins de plus ou moins grandes dimensions. Le XXe siècle a vu le développement de forages et la création du réseau sous pression dit « le canal », avec ses bornes rouges, qui ont apportés une facilité d’irrigation utile à l’agriculture et au maraîchage.
Lourmarin – 1 500 à 1 600 habitants à sa plus grande extension démographique – compte au total six moulins, huit fontaines, au moins cinq lavoirs.
Les six moulins, dont seul le Petit Moulin est encore doté de son mécanisme de moulinage, étaient dédiés soit au moulinage de l’huile, soit à celui des céréales locales, principalement le blé conségal (blé tendre mélangé au seigle). Ils pouvaient également servir à l’artisanat textile avec le travail des laines de moutons (foulonage, cardage, etc).
Trois moulins étaient dans le village même, le plus grand, celui occupé aujourd’hui par le restaurant le Moulin, en face de la Plantade, un plus modeste, celui de la maison de la Grande Fontaine et un troisième, celui dit du Père Mille près de la Fontaine Couverte. Un autre se trouvait au lieu-dit le Paradou (sur l’Aiguebrun au débouché de la Combe). Deux autres se situaient au sud-est du village, à l’extrémité du bassin versant du Luberon, le moulin de l’Aire, et le Petit Moulin, sous la colline Saint-André.
Les huit fontaines publiques de Lourmarin ont été édifiées au fil des cinq siècles de son histoire moderne, du XVIe au XXe siècle. Plus elles sont élevées dans le village, plus elles sont récentes.
Au plus bas, près du Moulin, une fontaine qui a été déménagée rue du Temple, une autre au niveau des places de l’Ormeau et de la Fontaine, la Grande Fontaine du XVIIIe siècle, et, près du Temple, la fontaine aux Trois masques, ainsi que la Fontaine Couverte, non loin de la mairie le long du Rayet. Un peu plus élevée, la fontaine de la Cordière au croisement avec la rue Albert-Camus. Enfin sur le haut de Lourmarin, trois fontaines, une place de l’Église, datant du XIXe siècle, puis un peu plus bas, au croisement des rues Henri-Sarret et de la Juiverie, et enfin, près du square Soleirol, une petite fontaine devant le passage de la maison des Gardes.
Dans une communauté villageoise, la maîtrise de l’eau est essentielle et est l’enjeu de nombreux intérêts particuliers. Dès la fin du XVIIe siècle, les propriétaires des parcelles se trouvant quartier des Ferrailles (à la fin du XXe siècle, elles seront en partie rachetées par la commune pour y faire passer le contournement du village) s’organisent et forment le «corps des propriétaires des preds, jardins et chenevriers et terres arrosables ». Plus de trois siècles et demi plus tard, cet organisme existe toujours sous le nom d’«Association des arrosants de Lourmarin». Ce rassemblement original, interlocuteur de la communauté et du seigneur, louait pour un an moyennant rétribution à deux «pradiers» la responsabilité de répartir l’eau dans les différents jardins, grâce à un système de petits canaux à l’air libre et de martelières, une tâche qui ne devait pas «nécessiter plus de trois heures de travail» à chaque fois qu’il était effectué.
Cette organisation a servi de modèle plus tard à la formation d’une structure analogue dans le quartier des Basses Prairies, au nord-ouest du château en direction de Puyvert. Cette dernière a disparu depuis quelques décennies.
Au moins cinq emplacements ont servi de lavoirs publics aux Lourmarinoises pour laver, battre et sécher leurs draps et vêtements : un à la Fontaine Couverte, un autre sur le terrain abritant l’ancien cimetière paroissial ainsi que trois autres aux autres fontaines : Grande Fontaine, de l’hôtel du Moulin et mini-lavoir à la fontaine rue Sarret.
Henri Meynard, historien de Lourmarin, a évoqué dans les deux œuvres que Lourmarin, Culture et Patrimoine a réédité récemment les relations qu’a entretenu le village avec l’eau à travers l’histoire de ses fontaines, de ses puits et de ses ponts franchissant sa rivière, l’Ayguebrun, qui traverse son territoire du nord au sud.
Situé à l’extrémité occidentale du bassin versant du Grand Luberon, Lourmarin reçoit les eaux de plusieurs sources dont la principale, celle du Couturas se trouve dans sa périphérie vauginienne aux confins orientaux de la commune.
Voici plusieurs extraits de ces deux ouvrages, Lourmarin à la Belle Époque et Lourmarin et ses millésimes qui témoignent de la présence de l’eau dans le passé villageois. Rappelons toutefois que l’origine du nom de Lourmarin, malgré sa résonance maritime n’a pas de relation particulière avec l’eau, même si pendant des lustres, le village construit sur la colline – le Castellas – fut bordé par un marais –au quartier dit de l’Étang –, et ce jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
1 (Extrait de Lourmarin et ses millésimes pp. 27-30)
Dans la cour nord du château, dont le portail entrebâillé laisse apercevoir le grand pré de la Plantade, deux ou trois ouvertures donnent accès au four banal et autres dépendances. Des prisons, vastes et profondes, s’ouvraient aussi dans cette cour. De là partaient des souterrains dans différentes directions. L’un d’eux allait sortir – paraît-il – dans la tour du hameau des Ginoux, un autre dans la maison des Gardes du seigneur, située rue du Panier et rue Albert-Camus, un troisième dans le donjon seigneurial (l’horloge actuelle).
En observant attentivement les murs de cette cour sombre, froide et humide, nous pouvons découvrir une courte inscription, en lettres gothiques, suivie du millésime 1513 et gravée sur le linteau en pierre d’une ouverture actuellement bouchée : «Bois et t’en vas. 1513.» À cette date, une fontaine devait s’élever contre ce mur. Ces quelques mots, peu engageants, indiquaient au passant tout ce qu’il pouvait espérer recevoir dans cet endroit austère. Ils montraient l’égoïsme du seigneur de ce temps, qui marquait ainsi jusque dans la pierre son mépris pour les malheureux serfs ou les prisonniers qui venaient s’y désaltérer. Placée dans cette cour sinistre, où l’on entendait seulement le grincement des portes des prisons, cette inscription augmentait davantage la crainte des pauvres malheureux rejoignant leur misérable chaumière ou leur lamentable cachot. Mais qu’est devenue la fontaine a présent ? De nos jours, elle n’existe plus. Nous nous souvenons avoir vu en 1920, dans cette cour, une fontaine presque totalement enfouie sous un amas de pierres et d’immondices. Elle ne se trouvait pas sous la belle inscription en lettres gothiques et, bien entendu, elle ne coulait plus. Elle s’élevait au contraire à quelques pas de là, sur une pierre quelconque, presque devant la porte des prisons, surmontée d’une inscription identique, mais gravée de façon différente. L’emplacement de la fontaine a-t-il changé au cours des siècles ? Il y a tout lieu de le croire. Il est fort possible que celle se trouvant devant la porte des prisons ait été enlevée lors du déblaiement de la cour en 1921, car elle n’avait aucune valeur architecturale. Quant à la vieille fontaine placée sous l’inscription en lettres gothiques, sa disparition est bien antérieure à 1920. Quelle était la source qui alimentait cette fontaine?
Une canalisation mise à jour à trois reprises différentes paraît donner une réponse à cette question. Vers 1928, les maîtres maçons Henri Baumas et Eugène Liteaud, aidés de leur manœuvre Camille Rey, dit «lou rouge», creusaient une tranchée à la pioche sur le chemin de la Plaine, le long du mur de clôture du grand pré de la Plantade, pour poser une nouvelle canalisation d’eau destinée à alimenter le château à partir de la fontaine de l’église. Arrivés dans la partie du chemin comprise entre le temple et le château, ils furent surpris de trouver un « nez de rocher ». Continuant à creuser, ils s’aperçurent qu’ils s’étaient trompés et qu’ils se trouvaient en présence d’une grosse pierre, assez bizarre. Avec beaucoup de précautions, ils la dégagèrent et c’est alors qu’ils constatèrent que c’était en réalité un tuyau creusé dans un bloc de rocher très dur. Ce bloc d’un mètre trente de long et de trente centimètres de largeur était traversé d’un bout à l’autre par un trou bien fait de huit centimètres de diamètre. Intrigués par cette découverte fortuite, ils creusèrent encore et mirent au jour un deuxième tuyau presque identique au premier. Dès que l’on apprit dans le village la découverte de cette conduite par les maçons, beaucoup de personnes, les hommes âgés en particulier, vinrent voir ces deux blocs de pierre transformés en tuyaux par des travailleurs adroits. Ils furent tous d’accord pour dire que c’était sûrement là une canalisation dont leurs aïeux avaient toujours parlé et qui amenait l’eau du quartier du Vas à la fontaine de la cour nord du château.
Quelques années plus tard, une deuxième découverte faite dans des conditions analogues apporta quelques précisions supplémentaires. En 1930, des terrassiers qui creusaient l’emplacement de la bascule, à la coopérative vinicole, furent arrêtés dans leurs travaux par de grosses pierres qui se trouvaient au milieu de leur chantier. Nettement alignées dans la direction est-ouest, elles étaient enfouies à deux mètres de profondeur. Ils réussirent à les sortir et, quand elles furent sur le sol, ils constatèrent avec surprise que ces pierres étaient en réalité des tuyaux taillés exactement comme ceux découverts près du temple. Plusieurs de ces tuyaux qui gênaient les travaux furent déposés aux alentours de la coopérative, où l’on peut encore les voir. De par son orientation, on pouvait penser, sans aucun doute, que la canalisation venait bien du quartier du Vas et qu’elle se dirigeait franchement vers le château.
Enfin une troisième découverte eut lieu le 18 juillet 1968. Lors des travaux effectués pour établir la déviation de la route départementale n° 943, de puissants engins déterrèrent de nombreux tuyaux situés à différentes profondeurs, mais tous identiques à ceux trouvés en 1928 et 1930. Le lieu de la découverte étant situé entre le chemin vicinal de Guille et la campagne de la Bastide Blanche, on avait une confirmation de ce que l’on savait déjà : l’eau qui alimentait la fontaine maudite de la cour nord du château venait bien du quartier du Vas, ainsi que l’avaient toujours dit les vieux Lourmarinois.
2. (Extrait de Lourmarin et ses millésimes pp. 41-43)
Au bout de la rue du Grand-Pré qui descend vers le centre de Lourmarin se trouve la plus vieille fontaine de notre village. Avec ses goulots fixés dans de belles sculptures et son bassin à trois lobes, elle est très remarquée par les touristes. Nos aïeux l’avaient baptisée pompeusement «la fontaine de la place». Pour eux, qui étaient habitués à vivre dans des quartiers aux rues étroites, où l’on ne pouvait circuler qu’à pied ou avec une petite charrette, ce léger élargissement de la route à cet endroit était considéré comme une place importante. Eugène Bounot, maire de Lourmarin de 1884 à 1914, très attaché à son village natal, ne manquait pas également de la faire remarquer à toutes les personnalités qui venaient chez nous. Il souhaitait pouvoir la faire classer monument historique, afin de la préserver de dépravations éventuelles. Ses désirs devinrent une réalité puisque, par arrêté du Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts, en date du 22 juillet 1914, « la Fontaine publique sise sur la place de Lourmarin est classée parmi les monuments historiques ».
Cette nouvelle parvint dans notre village les premiers jours de la Grande Guerre de 1914-1918. Devant la gravité des événements, elle passa inaperçue et fut ignorée par une grande partie de la population. Nous devons ajouter de nombreux détails concernant les modifications faites à cette fontaine, dont la construction remonte au courant du XVIIe siècle. Sa conduite, faite d’une façon très rustique, laissait perdre une quantité d’eau importante, ce qui faisait l’objet dans la saison d’été de nombreuses plaintes de la part des habitants. Il en fut ainsi pendant des années et les maçons du village – André Colletin, Brunet Jourdan, Antoine Jullien – durent la réparer à maintes reprises. Cette situation dura jusqu’en 1760. À cette date, les maçons Brunet Jourdan et Antoine Gilly rapportèrent au conseil de la communauté « que les conduites d’ycelles sont toutes crevées et auroient besoin d’être réparées à propos avec des tuyaux pour faire une fois pour toute des réparations solides, pour cela il conviendroit que de la fontaine plus basse les eaux qui ont été amenées jusques à la porte de Cucuron fussent menées à la dite fontaine. » En juillet 1762, la fontaine plus basse se trouva «dans un grand désordre ». Cela obligea le conseil de la communauté à faire les réparations indispensables. Des adjudications eurent lieu. Le conseil reçut des offres de François Rey, tireur de pierres, puis d’Antoine Gilly, maître-maçon, tous les deux de Lourmarin. Mais le 19 septembre 1762 le baron de La-Tour-d’Aygues mit opposition à l’offre de François Rey, n’ayant pas été informé de cette décision, et ordonna de surseoir à cet ouvrage. Jean Corgier se porta à La-Tour-d’Aygues pour dire au baron « … que la communauté avait ignoré jusqu’à ce jour sa qualité de seigneur régalier et eigalier et le suppliait de vouloir bien donner la permission de construire la nouvelle fontaine ». Il ne reçut pas satisfaction, ce qui l’obligea à retourner de nouveau chez le baron le 7 novembre 1762, pour le supplier de nouveau. Mais « ils ne l’ont pas trouvé disposé à donner son consentement… »
Ce n’est qu’à partir du 4 mars 1766 « que les mesures de l’emplacement pour la fontaine plus basse furent portés à Aix, au sieur Gastaud Esculteur qui a dressé là dessus le plan du tableau de la dite fontaine… Hélas! les prix et dessin de la sculpture furent perdus par la personne qui devait apporter la réponse ce qui obligea les dits sieurs à faire faire un autre dessin qui est exactement conforme au premier à quelque ornement prest qu’il a de moins. « Si le conseil préfère le premier on est à tenter d’ajouter à celuy-cy les ornements qu’il luy manque. » Nombreux furent les maîtres-maçons qui souscrivirent aux enchères pour l’exécution de ces travaux, notamment François Rey, Jourdan Brunet, Antoine Jullien, Antoine Gilly, Pierre Serre, Pierre Chauvin – tous de Lourmarin – ensuite Michel Bourdure et Honoré Gilly de Cadenet, Joseph Aubert et François Dorgal d’Ansouis. Ce dernier fut le dernier enchérisseur et passa « l’acte de bail de la fontaine plus basse le 1er novembre 1766, sous le cautionnement de Gabriel Estienne, maître-maçon du lieu de Cadenet moyennant le prix et somme de neuf cents livres… »
L’exécution des travaux demanda plus de six mois. Le 9e jour de juin 1767, « le Sr Dorgal me masson du lieu d’ansouis ayant fni les ouvrages de la fontaine plus basse dont il étoit chargé… demande aujourdhuy que la comté (communauté) fasse recepter (recevoir) le dit ouvrage. » Quelques modifcations furent demandées par le maire et consul de la communauté. Peu de temps après, les habitants de notre village, eurent enfin la grande satisfaction de voir couler l’eau de la fontaine plus basse, celle que nous voyons encore de nos jours.
3. (Extrait de Lourmarin et ses millésimes pp. 52-53)
À l’entrée de la combe de Lourmarin, ce point de passage très ancien permettant de traverser le Luberon et reliant la vallée de la Durance à celle du Coulon – ou Calavon coule bruyamment – c’est de moins en moins le cas aujourd’hui – l’Aygue-Brun, peut être franchi par un premier pont qui permet de traverser cette rivière pour aller à l’hostellerie du Paradou. En poursuivant la route, dans la direction d’Apt, nous trouvons un deuxième pont, toujours sur notre gauche. Comme le précédent, il traverse l’Aygue-Brun d’une seule arche, fort belle encore. D’une hauteur de six mètres et de quatre mètres de large, il a été construit sur les restes d’un pont plus ancien et permet de s’engager sur le vieux chemin de Bonnieux, hélas en piteux état !
Dans le petit parapet, au nord, nous avons le plaisir de découvrir une belle pierre rectangulaire, cachée par la mousse, qui nous renseigne sur la construction de ce pont. En effet, nous lisons : 1606. 30 9bre et en dessous le nom des bâtisseurs : J. Monbrion, S. Leaumont, G. Roland, Ilon Guichard Ce 30 novembre, jour de la Saint-André, patron de Lourmarin et jour de foire alors dans le village, nombreux durent être les Lourmarinois qui vinrent assister au scellement de cette pierre. Elle allait perpétuer le nom de leurs habiles compatriotes au cours des siècles. Malgré les nombreuses années écoulées depuis lors, l’inscription est encore parfaitement lisible. Par le premier plan cadastral de notre commune, dressé en 1833, nous savons que ce pont est appelé «pont de la Mairette».
4 (Extrait de Lourmarin et ses millésimes pp. 77-78)
Au cours de nos recherches, nous avons eu la surprise de trouver un vieux document se rapportant à la construction d’un pont sur l’Aygue-Brun. Il concerne autant la commune de Lauris que celle de Lourmarin. Nous y lisons : «Lauris… vers 1644, le duc de Lesdiguières ordonne à la commune de participer aux travaux et frais de construction d’un pont à Lourmarin. » Il s’agit à n’en pas douter du pont situé à quelques mètres en amont du pont actuel, emprunté par la route départementale n° 27, reliant Lourmarin à Lauris. Il enjambe l’Aygue-Brun d’une seule arche et sa voûte, encore magnifique, est peu détériorée. Par contre, ses murs de soutènement sont envahis par le lierre, les clématites et autres plantes grimpantes, ce qui nous a empêché de voir si une date s’y trouve gravée. Les parapets, détruits, ont disparu et sa chaussée est envahie par des arbres les plus divers qui ont poussé à leur gré sur toute sa longueur. Quel dommage de voir ce vieux pont délaissé et voué à une disparition certaine après avoir rendu de si grands services!
N’oublions pas que depuis sa construction, vers 1644, et cela jusqu’en 1852, il a été le seul pont permettant de franchir l’Aygue-Brun, malgré son accès peu facile. Il répondait bien aux besoins des usagers, car il n’y avait guère que des piétons, des cavaliers et quelques carrioles à l’utiliser. Mais, les véhicules devenant de plus en plus larges, il devint dangereux pour ceux qui devaient l’emprunter.
Cela nous amène à vous conter l’accident qui survint, il y a bien longtemps, à la diligence d’Avignon qui se dirigeait vers Lourmarin. Lorsqu’elle se trouva à l’entrée du pont, le cocher de cette grosse voiture ne prit sans doute pas garde à la largeur du pont. L’attelage et les roues avant de la diligence s’engagèrent sur le pont. Mais l’écartement des roues arrière étant plus grand que celui des roues avant et de la chaussée, la diligence se trouva bloquée. Elle ne pouvait plus avancer, ni reculer. Le cocher fit alors descendre les quelques voyageurs effrayés pour faire avancer bien doucement le lourd véhicule avec les roues avant sur la chaussée et les roues arrière sur les parapets. C’était l’unique solution qui restait à l’équipage. Cette dangereuse manœuvre allait réussir, quand, au moment de tourner brusquement à droite, presque à la sortie du pont, le postillon ne put éviter un violent coup de collier des chevaux, et ce fut la catastrophe. Les roues du côté droit sortirent du parapet. Les chevaux s’affaissèrent sous le poids du véhicule et la lourde diligence se retrouva fortement inclinée au-dessus du vide, retenue miraculeusement par l’essieu, enfoncé dans le bord de la route. Les chevaux furent dégagés tant bien que mal par des voisins rapidement alertés. Il fallut à une trentaine d’hommes plusieurs jours d’efforts très pénibles pour tirer cette énorme voiture de cette fâcheuse posture.
5 (Extrait de Lourmarin et ses millésimes p. 79)
Au croisement avec la route de Cadenet et du chemin de Saint-André, on peut se rendre au Petit Moulin, que l’on appelait avant 1914 « le moulin de Madame Grangier », et dont le propriétaire actuel est monsieur Albert Chauvin (aujourd’hui propriété d’une de ses descendantes, Mme Cécile Avril). Sur la vieille porte d’entrée du rez-de-chaussée, le millésime 1644 est gravé simplement, sans ornement, sur le beau linteau en pierre.
Pendant toute sa longue activité, ce moulin a tourné grâce à l’eau de la source de Coutouras, retenue dans une écluse dont la chute actionnait la meule. Ainsi, à peu de frais, il fournissait de la farine panifiable aux boulangers, et à usage domestique aux fermiers. Le moulin fonctionna jusqu’en 1933 environ, date à laquelle sa vétusté et la concurrence des moulins modernes ne permirent plus au meunier de pouvoir travailler et vivre honorablement. Pendant la guerre 1939-1945, il a rendu encore des services appréciables, en écrasant sommairement aussi bien le blé que d’autres grains, à la grande satisfaction de la population affamée. Une fois la paix revenue, le dernier de nos trois moulins à farine fut obligé de cesser son travail. Sa fermeture définitive causa une grande déception parmi la population de notre village.
6 (Extrait de Lourmarin et ses millésimes p.93)
Au carrefour de la rue Henri-de-Savornin et de la rue Albert-Camus, qui conduit au sommet du village. se trouve sur la deuxième maison faisant face à la fontaine de la Cordière et au premier étage, millésime gravé dans la pierre faisant clé de voûte. Les chiffres sont petits. Difficilement nous arrivons à lire 1731. Nous pensons qu’il s’agit là de l’année d’une modification faite à la façade de cette maison qui est certainement plus ancienne. Les vieilles voûtes que l’on voit au rez-de-chaussée nous en donnent la preuve.
7 (Extrait de Lourmarin et ses millésimes pp. 98-99)
En remontant la rue Henri-de-Savornin, nous nous engageons une nouvelle fois dans la première ruelle, à gauche avant la mairie, appelée «traverse de la Fontaine Couverte», pour aller voir une des plus vieilles fontaines du village. Dès que nous avons franchi le vieux porche qui enjambe la ruelle, nous apercevons de vieilles maisons bien entretenues. Des restes de fenêtres à meneaux sont encore visibles avec des sculptures au-dessus de quelques portes d’entrée.
Laissons le chemin du Petit-Moulin à notre droite. Tout à fait au bas de la ruelle, la vieille fontaine construite contre le mur de la maison dite «de Monsieur Goulin, le juge», porte le millésime 1761. IC et IA. Mais nous sommes un peu déçus de voir les deux goulots primitifs à sec. C’est bien triste de voir couler à leur place l’eau de la ville par un seul tuyau. Mais il a fallu remédier à une situation pressante et peu facile à résoudre. Les vieilles canalisations n’ont plus été entretenues depuis la disparition de nos vieux mineurs puisatiers. De ce fait, l’eau de cette source située sous le « coulet de la Bastidette» n’arrive plus à cette vieille fontaine. Pour éviter une réparation trop onéreuse et qui aurait causé inévitablement des ennuis aux riverains, l’eau de la ville remplace à présent la source normale. Cela a permis malgré tout de maintenir le lavoir couvert, encore très utile aux mères de famille du village. Ce quartier étant l’un des plus bas du village, deux autres sources naissent au-dessous du lavoir, et ne permettent pas à ce dernier de profiter de leur apport d’eau. La plus petite sort en contrebas du lavoir. L’eau vient des caves de la mairie. L’autre coule au niveau du sol, sous la petite voûte de la maison dite «de Monsieur Goulin, le juge». Quel dommage de voir cette eau fraîche et limpide aller grossir quelques mètres plus loin le grand vallat des Ferrailles, sans que personne ne puisse en profiter! Signalons enfin que de nombreuses inscriptions latines se trouvaient gravées sur le mur entre la fontaine et le lavoir. Elles nous auraient certainement renseigné sur la construction de cette fontaine, mais des maçons les ont recouvertes d’une couche de ciment vers 1935, au cours de menus travaux. C’est donc bien tristement que nous quittons cette fontaine qui n’a plus le même attrait qu’au temps de notre enfance.
8. (Extrait de Lourmarin et ses millésimes pp. 111-112)
Rendons-nous à présent à la belle propriété de «La Ferrière», qui est une dépendance du château des Beaumelles (en dehors de Lourmarin, sur la route d’Aguye). La fontaine faisant face au bâtiment principal porte le millésime 1819. C’est le dernier que nous trouvons de cette année-là, inscrit dans les différents endroits de notre terroir. L’origine du nom de cette propriété a souvent donné lieu à des controverses animées entre Lourmarinois et deux versions étaient soutenues par eux ; certains disaient que ce nom, très ancien, aurait été donné par les Vaudois venus vers 1480-1500, de la vallée de Luserne ou du val Pélis, en souvenir de leurs hameaux natals tels que Villeneuve, Malpertuis, La Ferrière, Le Puy, etc. D’autres prétendaient que cette propriété aurait appartenu à la famille Bernard Laferrière, dont un des descendants, Abel Bernard, fut avocat, maire de Cadenet, conseiller général du canton, député de l’arrondissement d’Apt en 1898. Un acte de baptême protestant pourrait confirmer cette version, puisque Jean Bernard de Laferière fut baptisé le 8 février 1761. Néanmoins, nous pensons que la première hypothèse est vraisemblablement la plus exacte.
9 (Extrait de Lourmarin et ses millésimes pp. 128-129)
Au début de cet ouvrage, nous avons parlé des ponts sur l’Aygue-Brun à l’entrée de la combe. Nous n’avons pas pu donner l’année de construction du premier, appelé tantôt « Pont Peire », tantôt « Pont Jullien », qui se trouve à gauche, juste avant de s’engager dans cette gorge étroite. Le millésime qui paraît être gravé sur la pierre faisant clé de voûte de ce pont est impossible à déchiffrer de la route et à l’œil nu. Nous avons persisté dans nos recherches à ce sujet et avons pu trouver des indices qui nous permettent de dire que ce pont a été construit en 1828.
À cette date, le sieur Michel Jullien habitait le moulin à farine du «Paroir» ou «Paradou». ll demanda au maire de notre commune « d’être autorisé à former un barrage sur le torrent d’Ayguebron qu’il ferait en pilier de maçonnerie sur les bords et en bois sur le milieu au travers desquels il mettrait des martelières mobiles en bois qu’il laisserait ou ôterait selon les crues… lequel barrage faciliterait un plus grand amas des eaux qui coulent dans le dit torrent destiné à faire jouer un moulin à farine qu’il a établi sur l’emplacement d’un ancien foulon qu’il avait près du dit torrent, en ce terroir quartier de la meyrette que ne le faisait son ancien barrage qui servait à son foulon, et demande encore à établir un pont en maçonnerie ou en bois sur les piliers qu’il ferait pour son barrage pour lui faciliter le passage qui mène de la route d’Apt à son dit moulin. »
Cet extrait d’une délibération du conseil municipal de Lourmarin, en date du 12 mai 1828, nous indique bien que le meunier Michel Jullien avait l’intention de construire un pont sur l’«Ayguebron». Donc, aucun doute, à cette date il n’y en avait pas, ou s’il y en avait un, il devait être extrêmement précaire. Le conseil municipal n’ayant formulé aucune opposition à cette demande, il est fort probable que ce pont fut construit la même année, afin que Michel Jullien et les usagers se rendant à son moulin puissent franchir facilement l’«Ayguebron».
10 (Extrait de Lourmarin et ses millésimes p. 126)
Nous allons consacrer quelques instants au millésime 1844 que nous avons vu gravé sur le linteau en pierre de la porte du puits, au hameau des Ginoux, plus connu sous le nom du hameau des «Proches Bastides». On pourrait penser que cette date indique l’année au cours de laquelle ce puits a été creusé. Ce serait une erreur, car en réalité il était déjà porté sur le plan cadastral de notre commune, établi en 1833. Il ne fait alors aucun doute que ce puits existait avant cette dernière date et qu’il alimentait en eau potable les habitants de ce joli hameau.
Ajoutons encore ceci : certaines personnes nous ont assuré que ce puits était communal. Hélas! Nous n’avons trouvé aucun document se rapportant à ces dires et nous ne nous permettons pas de confirmer cette assertion. [Depuis, des recherches ont établi que le puits se situe sur le domaine privé. (NDE)]
11 (Extrait de Lourmarin et ses millésimes p.136)
Ce titre pourrait faire penser qu’il s’agit d’un monument imposant, construit dans notre terroir par les Romains ou les hommes des civilisations suivantes. Ce n’est pas le cas. En nous rendant du village au quartier de la Basse-Prairie par le chemin du Tourna, nous avons vu ce petit aqueduc, tout vermoulu, dissimulé sous les arbres. Construit quelques mètres en amont du chemin qui franchit ce minuscule vallon, il permet à l’eau de l’Aygue-Brun accumulée dans l’écluse du Paradou, d’aller facilement dans celle des «Trois-Coins», située quelques centaines de mètres au sud, au milieu de diverses parcelles de terre du quartier de la Basse-Prairie. L’eau peut ainsi franchir le Grand Vallat, sans en obstruer le cours. C’est encore après la guerre de 1870-1871, lorsque la vie reprit normalement, que les membres du syndicat d’arrosage de la Basse-Prairie purent faire construire cet ouvrage, afin d’avoir l’eau nécessaire pour irriguer leurs cultures. Le millésime 1874, gravé sur la pierre faisant clé de voûte de cet aqueduc, nous indique l’année de sa construction.
1. (Extrait de Lourmarin à la Belle époque pp. 34-35)
Une équipe de mineurs-puisatiers composée d’Adrien Ferlin, dit « Bourtoumiou » et de Bonnet père et fils, exerçait cette dangereuse profession sans se lasser. Ces hommes passaient la totalité de leur temps à travailler sous la terre avec des moyens très primitifs. Malgré tout ils réussissaient à creuser des puits profonds, à capter des sources et à faire des mines pour conduire l’eau à un point précis. L’expérience et la persévérance continuelles dont ils firent preuve leur permirent d’accomplir des travaux importants. Ils réussirent à améliorer l’adduction de l’eau potable au point culminant du village, c’est-à-dire à la fontaine de l’église. Après cette révision des mines et des conduites, le volume de l’eau destiné aux besoins de la population fut beaucoup plus élevé.
La réussite de leurs travaux permit d’en faire une répartition plus équitable et plus forte dans la fontaine de l’église et son lavoir de la Calade, la fontaine du Panier, de la rue du Temple, de la Cordière ou de la Chapelle. Dans la rue de la Juiverie, une nouvelle fontaine avec un petit lavoir fut établie en 1894. On peut dire que ces intrépides mineurs-puisatiers ont rendu des services inestimables à tout le pays, bien souvent au péril de leur vie.
2. (Extrait de Lourmarin à la Belle époque pp. 43-45)
Trois moulins avaient été construits par nos ancêtres pour faire la farine destinée à assurer la fabrication du pain du village : « le moulin de la combe ou du Paradou », « le moulin de l’Aire », et « le Petit Moulin ». Tous les trois travaillaient régulièrement depuis leur création, grâce à une clientèle assidue.
En 1898, Joseph Appy, qui gérait les deux derniers moulins précités, s’en alla au moulin du Pont-Julien, près d’Apt. César André, meunier au Paradou, prit immédiatement sa place, certain d’avoir ainsi un travail plus régulier et plus rémunérateur. Personne n’ayant succédé à André, le moulin du Paradou, demeure séculaire des Tavernier, cessa de tourner. La chute de l’eau de l’Aygue-Brun dans le moulin, le grincement de la meule, n’allaient plus se faire entendre à l’entrée de cette combe sauvage. Les petites niches construites dans le flanc de la montagne, à proximité du moulin avaient fini d’abriter les sacs de grain des paysans et par la suite, ceux de la farine. C’était une page de la vie du village qui se tournait, le moulin du Paradou était devenu muet pour toujours.
Plus tard, dans l’hiver de 1907-1908, une violente crue de l’Aygue-Brun détruisit ses installations meunières et emporta l’âme du moulin, la meule, dans le lit de la rivière. Les flots déchaînés venaient de porter le coup de grâce à ce vieux moulin qui désormais ne pouvait plus moudre un seul grain de blé. Ainsi, en 1898, Lourmarin ne disposait plus que du moulin de l’Aire et du Petit Moulin pour subvenir à ses besoins en farine, et tous deux étaient insuffisants, surtout, en été, lorsque le manque d’eau se faisait sentir.
Du Petit Moulin où il habitait, César André faisait tourner alternativement les deux moulins grâce à l’eau de la source du « Coutouras », accumulée dans des écluses. Il en fut ainsi pendant une dizaine d’années environ. Un jour, les bluttoirs du moulin de l’Aire, usés par le temps et le travail, ne permirent plus au meunier de livrer une farine de bonne qualité. Leur remplacement, très onéreux, ne fut pas envisagé. La dépense était trop élevée et le débit de farine insuffisant pour amortir aisément cette dépense. César André dut abandonner la gestion de ce moulin et se consacrer uniquement à la bonne marche du Petit Moulin. Cependant, le moulin de l’Aire n’avait pas dit son dernier mot. Faute de pouvoir lui faire moudre du grain, il fut utilisé par Pierrouné pour écraser les déchets de chaux, ceci jusqu’en 1914. Avec la guerre qui venait d’éclater, la petite fabrique de chaux dut s’arrêter faute de bras. Sa fermeture entraîna automatiquement celle du moulin de l’Aire.
Les grandes quantités d’olives récoltées sur toute l’étendue de la commune avaient contraint nos aînés à créer des moulins à huile. Chaque année dès que la cueillette des olives était commencée, les deux moulins existant dans le village étaient ouverts aux producteurs et mis en marche pour extraire l’huile d’olive. Leur fermeture ne se faisait qu’après la dernière cueillette d’olives, ou « Li Oulivado », comme l’on disait en provençal. Les paysans avaient le choix entre le moulin de Monsieur Anastay, sis dans la maison bourgeoise de cette famille, place de la Grande Fontaine, et le moulin de Madame Hérisson Laparre, propriétaire du château de Baumelles, sis dans la rue du Temple. Parfois, les paysans partageaient leur récolte entre les deux moulins aussi bien pour faire travailler les hommes de part et d’autre, que pour se rendre compte du moulin qui leur ferait la meilleure huile et un rendement intéressant. L’extraction de l’huile se faisait avec des moyens différents dans chacun de ces deux moulins. Celui de Madame Hérisson Laparre était doté de presses hydrauliques. L’eau du Petit Moulin, en cette saison d’hiver, n’était pas nécessaire pour l’irrigation. Alors elle était recueillie dans l’écluse de la Plantade. Lorsque l’on voulait mettre les presses en marche, on ouvrait l’écluse de l’intérieur du moulin et la chute de l’eau sur la grande roue motrice les actionnait doucement, tandis que le moulin de monsieur Anastay ne disposait que de presses mues par les bras des hommes. Ces deux moulins purent fonctionner ainsi jusqu’en 1914, sans redouter une concurrence sérieuse. Mais lorsque la guerre de 1914-1918 fut terminée et que la vie reprit normalement, les moulins des pays voisins se modernisèrent peu à peu. La clientèle changea aussitôt ses vieilles habitudes. Nos moulins ne s’étant pas modernisés, ils luttèrent tant bien que mal pendant quelques années, mais leur travail alla en diminuant chaque année davantage.
Bientôt, ils ne furent plus en mesure de pouvoir lutter avec les prix et le rendement des moulins modernes et leur fermeture définitive eut lieu vers 1930. Les millésimes gravés sur ces immeubles : 1664 pour la maison Anastay, et 1704 pour le moulin Hérisson Laparre, les installations rustiques, les aménagements intérieurs primitifs laissent supposer que c’est depuis ce temps-là que l’huile d’olive fut extraite dans ces moulins. Leur disparition fut une très grosse perte pour le pays et causa une profonde déception dans le cœur des vieux Lourmarinois qui voyaient disparaître avec eux une de leurs vieilles industries si précieuse pour la vie de tous les habitants.
Lourmarin Culture et Patrimoine met en valeur et défend le patrimoine matériel et immatériel de la commune dans toutes ses dimensions : naturelles, architecturales, urbanistiques et environnementales. Elle se propose d’animer la vie culturelle locale avec diverses manifestations.